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11 Feb

"Sous le poirier à Kerivoal" un conte récolté par René TRELLU

Publié par war

Sous le poirier à Kerivoal

 

Ce devait être en 1800, me dit ma grand' mère, car j'étais petite fille quand on me raconta ceci :"A cette époque, tous les travaux étaient longs, très pénibles, puisqu'il fallait tout faire à la main : couper le blé à la faucille, l'égrener au fléau, travail harassant pour les cultivateurs.

On était à la fin d'août ; on finissait le battage à Kerdanet, en Irvillac. Le repas terminé, on s'attardait en bavardage, puis vers onze heures chacun regagnait son village. On s'aidait par équipes de deux ou trois fermiers.

 

Vers minuit, Youen Pouliquen arriva à son logis à Kérivoal, mais au lieu de se coucher, il se rendit sous le grand poirier haut de vingt-quatre pieds guettant la chute des poires qui le désaltéreraient. Le tempe était chaud, calme, si bien que les hautes branches porteuses de fruits ne s'agitaient guère.

 

"Adossons-nous au tronc et attendons", se dit Youen. Fatigué par sa rude journée, notre homme s'affaissa peu à peu sans qu'il s'en rendit compte et le voilà allongé sur l'herbe, pris d'un pesant sommeil.

 

Tout à coup, il se réveilla, frissonna, sentit contre sa figure quelque chose de chaud, de rugueux et devina immédiatement de quoi il s'agissait. C'était un loup en chasse qui, l'ayant découvert, s'en était approché ; le voyant immobile, l'animal le flaira, le pourlécha.

 

Youen savait par ouï-dire qu'en pareille circonstance une seule attitude était recommandée: l'immobilité complète. Malgré sa terreur, il se raidit, muet, tandis que la langue rugueuse continuait ses caresses. Le supplice dura bien deux minutes pendant lesquelles Youen s'attendit à chaque instant à être cruellement mordu.  Mais, par bonheur, il n'en fut rien. La bête le quitta tout à coup, se lança dans un enclos, d'où elle gagna les bois pour aviser ses amis de la découverte de ce beau gibier.

 

Libéré, Youen n'attendit pas davantage la chute des poires, rentra, se mit à sa fenêtre ; puis à l'abri n'attendit pas longtemps... Au bout d'un moment en effet, il vit de son observatoire un, deux, puis trois et quatre grosses bêtes noires qui rôdaient, fouillaient sous le poirier, à la recherche sans doute de la proie promise. C'était, vous l'avez deviné, trois loups que leur compère amenait là pour la curée. Mais, comble de déception, à leur grande surprise, ils durent se contenter de l'odeur de Youen qui de sa cachette ne perdait pas un coup d'œil de la scène. Fâchés, déçus, mystifiés, les trois compères trouvèrent sans doute la farce amère car ils s'en prirent au félon qui dut supporter une lutte terrible contre les trois coalisés ; puis, las de se batailler, les bêtes reprirent le chemin des bois et dans la nuit silencieuse Youen les entendit encore longtemps hurler et s'entre-déchirer, fuyant vers la forêt du Gars.

 

Le matin, il revint au poirier, vit par endroit l'herbe rougie, mais de poires point.  Etaient-ce les loups qui les avaient mangées a défaut de mieux ?

 

A partir dès lors, Youen préféra cueillir ses poires le jour, au lieu d'attendre leur chute la nuit."

 

 

 

Extrait de « Contes et récits DES MONTAGNES D'ARREE et DES MONTAGNES NOIRES »

par R. Trellu 

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