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Informations sur l'activité culturelle de l'association WAR HENTCHOU IRVILHAG MAIRIE 29460 IRVILLAC

22 Oct

Charles Drapier, une vie bien remplie..

Publié par war-hentchou-irvilhag  - Catégories :  #Actualités

 Charles Drapier est l'époux de Léontine Drapier-Cadec, écrivain bien connue, qui a donnée son nom à l'école communale d'Irvillac. Il est inhumé dans le cimetière d'Irvillac.


War Hentchou Irvilhag reprend içi un texte réalisé  par le groupe "Mémoire" du Patronage laïque de Recouvrance à Brest


  Hommage à Charles Drapier

( 28/12/1890 – 08/10/1965 )mariage 1916

 

 Le 1er mai 2002 le groupe « Mémoire du PLR », créé au sein du P.L.M.Recouvrance, organisait dans le cadre de sa kermesse annuelle une randonnée pédestre dilettante, conviviale et culturelle. Par cette initiative, nous souhaitions, en parcourant le Recouvrance d’aujourd’hui, faire revivre à travers nos souvenirs la mémoire d’un homme qui s’est dévoué, sa vie durant, à la cause du mouvement laïque.

 

Il s’agit pour nous de rendre hommage à Charles Drapier, qui fut durant des années notre président et qui a toujours œuvré pour développer l’éducation sportive et intellectuelle des jeunes et favoriser leur épanouissement social. Il s’agit pour nous, 37 ans après son décès, survenu en 1965, de concrétiser un devoir de mémoire authentique et sincère, afin de restituer l’œuvre qu’il a accompli d’une manière désintéressée et bénévole, pour que vivent et prospère les idéaux laïques et démocratiques dont il était le porteur.

 

Nous souhaitons également faire œuvre de pédagogie en direction  de la jeunesse, à travers le vécu de Charles Drapier, que nous avons trop souvent par pudeur ou par modestie oublié de citer en exemple. Par cette démarche nous sollicitons également l’ensemble des personnes qui le désirent, c’est-à-dire toutes bonnes volontés,  à s’exprimer et échanger leurs souvenirs afin de faire revivre, au travers de la vie exemplaire de Charles Drapier, notre passé commun.

 

 Avec ses collègues d’alors, Charles Drapier s’est battu  pour construire notre avenir et celui de nos enfants, sachons nous en souvenir. Au PLR nous avons la volonté de perpétuer son œuvre et de poursuivre ses objectifs en suivant la voie qu’il nous a tracée. Il fut un précurseur et un défenseur de la cause sociale ; les graines qu’il a semées ont germé et s’épanouissent aujourd’hui en un magnifique bouquet. Sachons résolument nous en souvenir et en ce jour nous pouvons nous réjouir d’avoir à nos côtés la fille de Charles Drapier, Hélène Coulon-Drapier, que sa mère Léontine surnommait tendrement :  Peluche.

Sa présence au PLR nous honore et réconforte le devoir de mémoire que nous devons à son père : Charles Drapier.

 

Eliane Brunstein, Responsable du groupe Mémoire du P.L.R

      Présidente de la section APE


Il est plusieurs manières de retracer la vie d’un personnage aussi conséquent que Charles Drapier, d’autant que de nombreuses personnes qui furent ses amis ou ses proches, peuvent encore porter témoignage de son action en faisant appel à leurs souvenirs personnels.

De plus nous pouvons consulter un certain nombre de documents qu’il nous a laissé et dont le contenu atteste qu’il a toujours eu comme priorité, la défense de ses convictions laïques et le développement des différentes œuvres qui s’y rattachent.

Nous pouvons également nous référer aux nombreux livres de souvenirs, que son épouse Léontine Drapier-Cadec écrivit au soir de sa vie et qui décrivent parfois sous la forme de romans une atmosphère bien réelle ou qui, autobiographiques, nous transportent avec émotion dans une époque certes révolue, mais combien passionnante de sa jeunesse et de celle de Charles.

Son livre : « Recouvrance des souvenirs » est pour nous une source d’informations très importante, bien que Léontine nous avoue humblement que : « c’est difficile de raconter une histoire quand on a négligé de tenir son journal, au jour le jour » Les recherches que nous avons entreprises et que nous avons la volonté d’étoffer, nous conduisent aujourd’hui à suivre dans les rues de Recouvrance, les pas de Charles Drapier.

Nous souhaitons que grâce à ce modeste fascicule et à vos nombreux témoignages, nous puissions ensemble, sous nos semelles réveiller le souvenir de ce militant exceptionnel que fut et reste Charles Drapier.

 

 

Ses jeunes années

 

Charles Drapier naquit le 28 décembre 1890, à Saint-Jean-Trolimon, modeste commune du pays bigouden, où ses parents étaient enseignants. La profession de ses parents fut sans doute déterminante dans sa vocation de devenir lui-même enseignant. L'arbre généalogique de la famille Drapier déborde les frontières de la Bretagne, car il se situe dans le Nord de la France, où la fabrication et le commerce des draps expliquent, semble-t-il, l’origine de ce nom.

 

Après quelques années d’enseignement secondaire passées au collège de Morlaix, Charles entre en 1908 à l’Ecole Normale de Quimper, il y restera jusqu’en 1911. A sa sortie de l’Ecole Normale Charles est nommé instituteur à l’Hôpital-Camfrout, où il n’effectuera que le temps d’une année scolaire, car le service militaire l’attend.

 

Au milieu de l’année 1912, il partira rejoindre son affectation à Guingamp. En 1913, au cours d’une permission il fait la connaissance de Léontine Cadec qui est elle-même enseignante. Durant une autre permission, ils se marieront le 15 juillet 1916, à Irvillac.

En totalisant l’ensemble de son service militaire et celui de la guerre 14/18 qui prolongera son temps sous les drapeaux, Charles passera sept ans de sa vie au service de la France. Il sort endurci de cette épreuve, nous dira Léontine et avec le foie malade nous confie-t-elle en aparté, sous-entendant par-là que la malaria et autres maladies liées aux mauvaises conditions alimentaires et surtout à l’eau polluée, affectèrent grandement les soldats de l’armée d’Orient.

Léontine ne prend pas de gants pour dénoncer les séquelles de la guerre. Durant cette période, Charles va bourlinguer nous dit-elle, de Guingamp aux Flandres, du Nord de la France à Salonique, de la Serbie à la Champagne, et enfin de l’Allemagne au Pays. Charles Drapier fut de ces rares combattants qui connurent les deux fronts de la guerre, celui de l’Ouest et celui d’Orient et pour qui l’Armistice du 11 novembre 1918 ne fut pas synonyme de retour au pays. Après la défaite de l’Allemagne et de l’empire Austro-Hongrois, la volonté des alliés de réduire la révolution bolchevique et de soutenir les Russes blancs fut la raison essentielle du prolongement du conflit, au-delà de 1918. Néanmoins la révolte des marins de la mer Noire, qui ne voulaient pas continuer la guerre, en combattant notre allié russe d’hier, se concrétisa notamment par la mutinerie à bord du cuirassé « France », et contraignit Clémenceau à rapatrier, courant 1919, les marins et les soldats français d’Orient

 

 

Une vie militante

 

A la rentrée scolaire de 1919, Charles Drapier, nouvellement démobilisé, est nommé instituteur à Daoulas, où sa femme Léontine enseignait déjà. Après l’effroyable tragédie qu’il venait de vivre, c’est dans le calme retrouvé, qu’il cherchera à donner un sens à sa vie qu’il consacrera désormais à l’éducation des jeunes, à la solidarité envers les humbles et les plus démunis et à la lutte contre tous les obscurantismes.

 

Au service de cet idéal, il n’hésitera à s’engager dans une vie militante prenante et intense. Ainsi sans compter son temps et sans ménager ses forces il deviendra l’avocat infatigable de la cause laïque et de l'idéal démocratique. Après quelques années passées à Daoulas, il est désigné comme chargé d’école au hameau de Kervez, en Lopérec. A cette époque déjà, Charles avait rejoint les rangs du syndicat de l’enseignement qui regroupait professeurs et instituteurs. Son action sur le plan social et pédagogique ayant été remarqué et apprécié, c’est tout naturellement qu’il fut appelé à siéger au conseil d’administration de cette importante organisation.

 

En 1923, les militants du Finistère qui s’était vu confier la direction de la Fédération Nationale de l’Enseignement, désignèrent Charles comme secrétaire adjoint du syndicat. Parallèlement à son engagement syndical, il fut également dans le Finistère l’un des fondateurs du Comité d’Action Laïque.

 

Avec l’aide de militants favorables à la cause laïque, il devint rapidement le principal animateur de ce Comité qui organisa dans de nombreuses localités du département des réunions publiques et contradictoires. En 1925, il est nommé directeur de l’école de Dirinon, poste guère plus important que celui de Kervez, mais qui avait pour ce militant infatigable, le gros avantage d’être à proximité d’une gare. Au début des années 30, il est nommé à Brest, d’abord comme directeur adjoint à l’école de Sanquer, puis ensuite comme directeur de l’école de la Communauté, à Recouvrance.

 

 Durant les premières années, le couple Drapier habitera au port de commerce, au 21 de la rue de Madagascar. Léontine Drapier a écrit un livre émouvant à ce sujet. On imagine le chemin que faisait chaque jour Charles Drapier pour se rendre à l’école Sanquer, en empruntant la rampe du Poullic-Al-Lor et la passerelle surplombant la ligne du chemin de fer. Sa venue à Brest devait accélérer son activité militante, car au côté de son ami Charles Berthelot il va participer plus activement à la vie syndicale, notamment au niveau des instances locales de la CGT. En 1942, ne voulant pas collaborer à la Chartre du travail que proposait le gouvernement de Vichy, il est révoqué de l’enseignement, sans indemnité. Il sera réhabilité dans ses droits à la Libération.

 

 

Le patronage laïque de Recouvrance

 


La salle de réunion et les jardins bordant la rue Victor Rossel, faisait partie au début du XXème siècle de l’actif de l’église de Saint-Sauveur à Recouvrance.

La loi du 9 décembre 1905, relative à la séparation des églises et de l’Etat, allait rendre au domaine public, c’est-à-dire à la Municipalité, la propriété et la jouissance de ce terrain.

Le clergé fit opposition et organisa des manifestations de protestation qui firent retarder la décision concernant l’utilisation de ce terrain à des fins d’utilité collective. La guerre 14/18 passée, la question revint à l’ordre du jour de la nouvelle municipalité que présidait Léon Nardon. Sous l’impulsion de ce maire socialiste, le Conseil municipal autorisa en ce lieu l’installation d’un patronage laïque en votant notamment un crédit pour la réparation du vieux bâtiment existant.

L’inauguration du patronage laïque de Recouvrance eut lieu le 31 janvier 1923. Un bail de 99 ans fut passé, le 13 février 1924, entre la ville et le Conseil d’administration du patronage. Le premier président du patronage laïque municipal de Recouvrance fut monsieur Quinquis, agent technique à l’arsenal. Durant la guerre le patronage fut occupé par les Allemands et ruiné par les bombardements. Sa reconstruction et sa renaissance, après guerre, furent dominées par l’activité vigilante du président Charles Drapier. Charles restera à la présidence du patronage de Recouvrance jusqu’à son décès survenu le 8 octobre 1965, à Brest. Entre-temps, il est élu président de la Fédération des Œuvres Laïques du Finistère, dans laquelle il insuffle un nouvel élan grâce à ses idées novatrices. Sous son impulsion cette fédération deviendra l’une des plus importantes de France. Il quitta la présidence active de la FOL en 1963 et en devint le président d’honneur en 1964.

 

 En juillet 1929, la Société des Patronages Laïques Municipaux voyait le jour. La SPLM, dont les statuts furent modifiés en 1946, porta à sa présidence Charles Drapier, qui devait démissionner de son poste en novembre 1949, pour laisser la place à Monsieur Toullec. La lettre que Charles écrivit, au maire de Brest, Alfred Chupin, pour lui faire part de cette décision mentionne sa volonté de voir de nouvelles responsabilités s’exprimer pour le bien commun, en dehors de tout intérêt qui se limiterait à celui d’un seul patronage. A la fin de sa vie, Charles Drapier qui habitait 36 rue de Siam, venait encore chaque jour au patronage, on le voyait traverser le pont, son chapeau vissé sur la tête, quel que soit le temps, puis il remontait la rue Vauban pour venir s’installer dans son bureau vétuste, souvent mal chauffé. A son décès en 1965, le président de la SPLM était monsieur Robert Arnault. Sous la présidence de Charles Drapier le patronage laïque de Recouvrance se développa énormément et fut cité comme un exemple pour l’épanouissement de la jeunesse.

 

Le contexte politique 

En 1890, à la naissance de Charles Drapier, la IIIème République n’a que 20 ans d’existence ; elle est encore fragile, d’autant que les partis conservateurs soutenus par le clergé rêvent de rétablir la monarchie. Les républicains se souviennent que les deux premières Républiques ont échoué, en laissant revenir la restauration ou l’empire, aussi sont-ils vigilants et critiquent-ils la position de l’église catholique. Le 16 février 1892, plus par réalisme que par conviction, le pape Léon XIII publiait une encyclique intitulée : « Au milieu des sollicitudes » qui recommande aux catholiques français de se soumettre aux institutions républicaines.

 

 Ce ralliement de l’Eglise à la République fut accueilli dans le Léon avec une certaine perplexité et laissa nombre de catholiques déconcertés; tandis que les républicains n’y voyaient là qu’une manœuvre. Depuis des années le statut des écoles est également une source de discorde. La concurrence entre les écoles confessionnelles, essentiellement catholiques et les écoles publiques sont d’autant plus vives que la politique de laïcisation de l’enseignement est entreprise dans plusieurs communes. A différents degrés les lois Guizot, Falloux et Ferry ont favorisé le développement de l’enseignement, tout en entretenant une néfaste concurrence.

 

Au début du XXème siècle les lois Combes vont séparer définitivement le destin des deux écoles. Dans ce contexte, on peut supposer que Charles Drapier, entrant en 1908 à l’Ecole Normale de Quimper, se soit senti investi d’une mission particulière qui relève plus de la vocation laïque que du choix d’une profession honorifique. Dans les années qui suivirent 1924, c’est-à-dire l’arrivée au pouvoir du Cartel des Gauches, avec Edouard Herriot, la politique laïque fut relancée sur fond d’un anticléricalisme accru.

 

La décision symbolique de fermer l’ambassade de France au Vatican fut interprétée par le clergé français comme une provocation. En réponse le mot d’ordre des évêques se résuma en cette phrase : « Guerre à la laïcité et à ses principes, jusqu’à l’abolition des lois iniques qui en émanent. Parallèlement en Bretagne, Yves Le Febvre venait de publier, sous la forme d’un roman, son livre : « La terre des prêtres », qui faisait une allusion directe aux pratiques peu vertueuses d’un certain clergé léonard.

 

Ce livre fit scandale et s’attira les foudres de l’Eglise bien pensante. Des pièces de théâtre, cataloguées d’anticléricales, furent mises en scène dans plusieurs communes du Finistère, au grand dam de l’évêché de Quimper. Le Comité d’Action Laïque qu’animait Charles Drapier ne fut pas le dernier à participer et à organiser de telles représentations. C’est de cette époque que date l’étiquette anticléricale qui fut accolée à tort à chaque action de Charles Drapier, qui était en fait un homme tolérant n’appréciant pas la fourberie religieuse du haut clergé plus enclin à écarter leurs ouailles de la vérité que de les éclairer sur la réalité de ce monde.

 

Par contre, il appréciait les hommes sincères, mais se méfiait des idéologies. Il fut également l’un des fondateurs du journal : « La Défense Laïque » qui publia plusieurs de ses articles dans lesquels il dénonçait en autres les menées obscurantistes d’un certain clergé manipulateur de conscience. Le curé de Lopérec le qualifiait de Diable rouge, tout en s'étonnant en parlant de Léontine, qu'elle ait pu épouser un tel homme.

 

                                               Ses autres activités

 

L’étendu des activités de Charles Drapier dépasse largement le cadre de son engagement syndical ou laïque. Ainsi en 1926, il s’engage dans une campagne nationale, visant à sauver la vie de Sacco et Vanzetti, condamnés à mort par la justice américaine, pour un crime dont ils se proclament innocents. En France de nombreuses manifestations eurent lieu, notamment à Brest où un comité de soutien aux deux prisonniers fut créé.

Non seulement Charles Drapier participa à la campagne de pétition demandant leur grâce, mais il adressa une lettre à Romain Rolland, prix Nobel de Littérature en 1916, pour lui demander d’intervenir personnellement en faveur des condamnés. Ce grand humaniste ne se fit pas prier pour donner publiquement son sentiment de dégoût face à cette injustice. Néanmoins dans la nuit du 23 août 1927, les deux condamnés furent exécutés sans l’ombre d’une clémence. Romain Rolland qui mettait un point d’honneur à répondre à toutes les lettres, écrivit à Charles Drapier, après l’exécution affreuse de Sacco et Vanzetti, une lettre émouvante où il fustigeait l’injustice et proclamait sa honte pour tous les despotes. Dans son livre : « Recouvrance des souvenirs » Léontine se rappelle de cette belle lettre écrite sur un papier bleu qui se terminait par cette formule d’amitié : « Mes deux mains dans les vôtres De cette lettre, envolée dans la fumée des bombardements, Charles en était fier.

 

 

Parmi ses nombreux engagements, on retrouve également Charles Drapier comme militant du comité Nansen qui n’était autre qu’une organisation humanitaire ayant pour vocation de venir en aide aux réfugiés politiques et qui agissait de ce fait dans la discrétion.

Or depuis 1933, Hitler est au pouvoir en Allemagne et pourchasse les juifs et les démocrates qui sont contraints de fuir leur pays afin d’éviter l’internement et la mort. Une des filières de fuite, mise au point par le comité Nansen, aboutissait à Brest, port d’embarquement pour le continent américain, notamment vers l’Amérique du sud. Ce comité favorisant la fuite des juifs et opposants au régime nazi, portait le nom du norvégien Nansen (1861-1930) en hommage à cet humaniste, prix Nobel de la paix, qui fut  dans sa jeunesse un célèbre explorateur du Groenland et des mers arctiques. Dans son livre : « Recouvrance des souvenirs » Léontine fait référence à un certain Otto Plasmann, qui traqué en Allemagne par le pouvoir fasciste dut fuir son pays avec l’aide du comité Nansen. Cet allemand fut dirigé sur Brest où il fut accueilli par Charles Drapier et quelques autres camarades. Dans l’attente de son départ pour les Amériques, Charles Drapier lui fit procurer un travail, au port de commerce, afin de l’aider à payer son passage au Paraguay. Plus tard du Paraguay Otto écrivit plusieurs lettres à Charles Drapier afin de lui exprimer sa reconnaissance. Certaines de ces lettres étaient, nous dit Léontine, des pamphlets très violents contre le dictateur qui tyrannisait son pays. Durant la guerre, la possession de ces lettres représentèrent un réel danger pour Charles Drapier, notamment en cas de découverte par les Allemands. Les Drapier eurent le plaisir, quelques années après la fin de la guerre, de revoir Otto, en bonne santé, qui était de nouveau typographe en Allemagne.

 


Infatigable Drapier

 

Au lendemain de la défaite, un organisme d’aide aux mères de famille, aux enfants et aux indigents est activé. Il s’agit du Secours National dont l’une de ses branches, consacrée à la « Famille du prisonnier » est dirigée par la comtesse de Malleysie, qui n’est autre que la petite fille de la comtesse Rodellec du Portzic, dont le berceau de la famille est situé sur le terroir de Saint-Pierre-Quilbignon, au lieu dit Sainte-Anne du Portzic.

Madame de Malleysie était une femme courageuse et déterminée, qui ne pouvait pas malheureusement tout faire elle-même. Elle demanda donc à Charles Drapier, en qui elle avait une grande confiance, de la seconder dans son action, ainsi qu’à mademoiselle Anne Niox d’être sa secrétaire. Avec sa façade d’organisme de bienfaisance, la « Famille du prisonnier » intervenait auprès de l’occupant pour tenter de libérer des patriotes et cachait dans les caves de son siège social, au château de Ker-Stears, de jeunes réfractaires du STO. Connaissant les idées politiques de Charles, des collaborateurs, agissant au nom de Vichy, exigeront son départ de la « Famille du prisonnier » Madame de Malessyssie refusera, permettant à Charles Drapier de ne plus être importuné et de continuer son action dans la discrétion qui fut toujours la sienne. Nous savons par ailleurs aujourd’hui qu’Anne Niox avait des contacts avec la Résistance brestoise. La comtesse de Maleyssie devait périr tragiquement le 9 septembre 1944, dans la catastrophe de l’abri de Sadi-Carnot. Plus tard étant à la retraite, Charles Drapier est élu responsable des délégués cantonaux de l’Education Nationale où son expérience, son savoir et sa disponibilité furent appréciés. Mais son engagement ne s’arrête pas là, on le retrouve également au bureau d’aide sociale, du secteur rive droite ( Saint-Pierre, Recouvrance ) Là encore son action s’avère efficace, car il se dévoue sans compter pour venir en aide aux nécessiteux, pour atténuer au maximum les aléas de la vie et rendre aux exclus de la société une certaine dignité. Les mauvaises langues feront remarquer, qu’à ce bureau d’aide sociale, il collaborait avec une religieuse, elle-même engagée à secourir la misère humaine. La preuve est faite, s’il le fallait, que Charles Drapier appréciait les gens, bien plus pour leur action concrète, que pour leur croyance ou leur discours. Charles était un homme de terrain, qui agissait mettant toujours en adéquation ses actes avec ses paroles. De plus Charles ne voulait pas que l’anticléricalisme devienne un vertueux alibi qui puisse cacher la volonté de ne pas rechercher à obtenir de véritables réformes de structure.

 

 

Sa vision politique et syndicale

 

Charles Drapier ne faisait pas de suivisme et ne prenait pas ses décisions en fonction de l’air du temps. Il savait prendre ses responsabilités en fonction de ses convictions et de l’intérêt qu’il escomptait pour tous. Il était lucide et réaliste, l’inverse d’un calculateur qui agissait au coup par coup. Ainsi suite à la scission syndicale qui intervint après le congrès de Tours, qui avait lui-même en 1920 concrétisé la naissance du parti communiste, Charles ne pu se résoudre à cette division qu’il considérait néfaste pour la classe ouvrière.

Face à la CGTU, dirigée par les communistes et qui affirma rapidement son importance, Charles Drapier continua de militer à la CGT, que les uns appelaient le syndicat des confédérés, les autres celui des réformistes, tout en s’opposant au syndicat des unitaires. Il y avait de quoi s’y perdre pour un travailleur non initié à ces subtilités de langage et qui ne voyait chez un militant dévoué que son action à défendre les légitimes revendications. Malgré ces nombreuses contradictions, Charles milita néanmoins pour la réunification syndicale qui s’opéra en 1935, à la veille du Front populaire.

 

L’intrusion trop grande de la politique, au niveau des orientations syndicales était pour Charles un facteur qui brouillait la crédibilité de la démarche syndicale. Aussi, durant les grèves de 1935 et 1936, on retrouve Charles Drapier au côté de son ami Berthelot, expliquant de meetings en meetings les possibilités et les limites dans toutes actions. De cette époque, une autre étiquette, celle de son anticommunisme notoire lui fut accolée. Mais Charles n’était ni l’un, ni l’autre ; il était lui même avec ses qualités et ses défauts, mais surtout par delà les calculs politiques, il était sincère dans son action au service des hommes. A ce niveau aucune voix n’a jamais osé affirmer le contraire.

 

 

Peluche, Renarde et la reine de Bessarabie

 


En dehors de ses activités syndicales et sociales qui le menaient selon Léontine, bien souvent en conférences lointaines, Charles Drapier était un homme simple et attachant, aimant la tranquillité du foyer familial où auprès de son épouse et ses deux enfants, il trouvait un équilibre apaisant et une chaleur réconfortante. Il affectionnait également la compagnie de son chien Jip, un vilain bâtard, qui débordait de joie et de reconnaissance en présence de son maître. Par dérision, il fut appelé le « Ravissant » afin de démontrer semble-t-il, qu’un chien sans pedigree pouvait être aussi affectueux qu’un autre et ravir tous les cœurs. Charles était un homme sensible qui fut affecté par la disparition de Jip, son compagnon fidèle.

Les Drapier avaient la manie des surnoms que Léontine cultivait avec ferveur, d’autant que ces gentils sobriquets se voulaient plaisants et évocateurs. En raison de quelques particularités physiques, leurs filles furent dénommées : Peluche et Renarde. De charmantes appellations que Léontine nous rappelle tout au long de ses merveilleux livres de souvenirs. Dans « Kervez, ce paradis », le lecteur cherche en vain le prénom de deux fillettes qui s’ébattent joyeusement dans ce hameau verdoyant de la commune de Lopérec ; il n’y retrouve que Peluche et Renarde. Afin de ne pas être en reste et dans des moments d’euphorie collective, Charles désignait son épouse par la majestueuse appellation de « reine de Bessarabie. Un tantinet ironique, cette qualification était en fait des plus sentimentales car elle évoquait pour Charles le souvenir de son passage dans ce beau pays de verdure et de calme, qu’est la Moldavie d’aujourd’hui, coincée entre la Roumanie et l’Ukraine. Ce souvenir datait de 1919 quand, à la fin des combats, son régiment traversa la Moldavie, pour se rendre à Odessa et embarquer pour la France. Léontine aimait cette royale dénomination, au fil de ses récits elle avoue en être flattée. Pour Léontine qui savait que son mari appréciait les marques de respect et de distinction, Charles était simplement Monsieur.

  

En conclusion

 

Aujourd’hui, au patronage de Recouvrance qui fut l’un des berceaux, peut être le plus beau, de l’action laïque de Charles Drapier, en présence de sa fille Hélène, nous pouvons être fiers de l’héritage inestimable qu’il nous a légué. Trente sept ans se sont écoulés depuis son départ, mais au-delà du temps qui passe la même ferveur nous anime et nous réunit autour du message d’amour et de fraternité qu’avec patience et détermination il nous a transmis pour toujours. Sachons en être digne.

Merci Charles.

 

                                Le groupe : "Mémoire du Patronage Laïque de Recouvrance à Brest"
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